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coolkiss

Retour vers le no-futur

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Réchauffement climatique, air pollué et circulation différenciée, routes urbaines engorgées, paupérisation empêchant le renouvellement du vieux parc automobile, urbanisation étalant toujours plus loin les zones pavillonnaires des centres villes et offres de transports, prochaines pires difficultés face à la hausse des prix des énergies carbonées ou la création des péages urbains. On fait quoi ?

 

Il existe une solution simple, pratique, économique, mais alors pourquoi ne pas l’encourager ? Bah non, la bêtise du plus grand nombre qui a besoin de défouloirs est passée par là. Les politiques ont suivi sans discernement. C’était trop beau, et on va jeter le bébé avec l’eau du bain.

Je les entends déjà, dès que je vais prononcer le mot qui fâche, les haros à tire larigot.

Pendant des années pourtant, tout se passait bien. Jamais un courroux, au pire on se moquait de nous, mais plus souvent, nous attirions curiosité, sympathie et autres amusements. Nous n’étions pas nombreux, mais petit à petit les rangs se remplissaient, en douceur.

Nous nous sentions enfin en harmonie avec l’environnement urbain, comme après avoir signé un armistice avec la guerre du déplacement qui nous entoure.

 

Nous savions la renommée inéluctable, les bénéfices étant tellement nombreux même s’ils restent pour l’instant très largement méconnus du grand public. Et puis voilà, elles sont arrivées, nous ne nous sommes pas méfiés.

Au début, nous pensions même que cela accélérerait la prise de conscience positive des pouvoirs publics et l’adoption de mesures favorisant nos usages. Ne faut-il pas urgemment promouvoir toute alternative au moteur à explosion ? N’est-ce pas le principal objectif de la récente Loi d’orientation des mobilités (LOM) applicable à partir de septembre 2019 ?

Pour se passer d’un tel moyen de locomotion, il y a bien les transports en commun, mais entre les retards et grèves, il y a surtout une gare au départ et/ou à l’arrivée qui est parfois éloignée de son itinéraire.

Il y a bien le vélo, et sa variante électrique qui évite les auréoles sous les bras, mais encore faut-il ne pas se le faire voler ou dégrader en se garant dans l’espace public (un fléau), réussir à accéder au quai et lui trouver une place dans un train lors d’un trajet multimodal, ou même, si par exemple un segment du trajet de périphérie à centre-ville est vraiment trop long, l’insérer dans sa voiture pour finir le trajet sur 2 roues (remarques similaires pour le scooter électrique, pour un budget bien plus conséquent).

Il y a bien la voiture électrique, mais outre le fait que se déplacer seul (grande majorité des cas) dans un objet de 1,5 tonne et ses énormes batteries au milieu des embouteillages ne semble pas d’une pertinence évidente, qui peut se la payer et ensuite débourser pour l’entretenir, la réparer, l’assurance, les parkings, les péages ?

 

Il y avait donc un futur pour une autre alternative, pragmatique, propre, accessible aisément, et qui rend les usagers détendus au milieu de l’hystérie des grandes villes.

Mais pas pour longtemps, le fauve était lâché ! et les médias aussi, se repaissant sans vergogne des déboires occasionnés.

Bien sûr avec un tel tapage à sens unique, l’opinion a naturellement suivi, et l’occasion était trop belle pour les politiques de servir la soupe, sans trop se fouler, et pas qu’à moitié.

Il fallait bien réglementer l’usage, on le comprend tous, nous les premiers ! Mais nous mettre dans le même panier, ou au moins se servir de cet exemple pour nous réglementer, alors que nos usages sont principalement opposés, c’est franchement mal connaître le sujet.

 

Avec un même engin, il suffit d’un rien pour passer d’usager responsable à bête féroce : le libre-service, autrement anglicisé « free-floating »

Pour nous, le fauve n’en était pas un, on en prenait soin, c’est tout de même un petit budget à l’achat. On n’acquière pas un tel engin pour se distraire, mais comme moyen de transport, et pour le rentabiliser sur de longues distances. On apprenait au fur et à mesure à maîtriser la conduite en milieu urbain, on respectait les piétons et autres usagers de la route en roulant prudemment, on s’encourageait mutuellement à être le plus responsable possible afin de ne pas détériorer notre image par quelques mauvais comportements, on ne se garait pas sur les trottoirs vu qu’on ne se gare jamais (on la garde toujours avec soi au travail, chez soi ou chez des amis, dans les magasins, les salles d’attente, et j’en passe), on ne la prêtait pas, encore moins à ses enfants, encore moins quand ils étaient deux à vouloir monter dessus, on n’ubérisait pas des gens la nuit pour recharger nos engins..

Tout cela, on le fait toujours, mais personne ne le voit, car tout le monde ne regarde que le free-floating parisien.

OK, la nature humaine fait que vous trouverez toujours des exceptions. En résumé et en grossissant un peu le trait : quelques propriétaires qui se comportent comme beaucoup d’usagers du libre-service. En cherchant bien, ou même assez mal, vous verrez l’équivalent automobiliste, scootériste, camionneur, motard, cycliste et même piéton.

 

En septembre, la loi d’orientation des mobilités (LOM) sera applicable et réglementera l’usage de la trottinette électrique, d’ailleurs mélangée sans distinguo dans la catégorie EDPM « Engins de Déplacement Personnel Motorisés », alors que la conduite d’une gyroroue ou d’un skateboard électrique n’a franchement pas grand-chose de commun.

Une loi était nécessaire et attendue vu le vide juridique sur le sujet, et si elle contient des mesures semblant parfaitement justifiées : encadrement du free-floating, interdiction de rouler sur les trottoirs et de porter des écouteurs, âge minimum (quoique 8 ans semble vraiment trop jeune, 12 ans semblait plus approprié), elle contient aussi une mesure fâcheuse : interdiction de rouler sur des routes limitées à plus de 50km/h, soit si un collègue habite à quelques centaines de mètres d’une agglomération où il veut se rendre, devra se mettre hors la loi en empruntant la même route qu’un copain cycliste. Sinon, il reprendra sa bonne vieille bagnole. Évidemment un tel engin n'est pas fait pour parcourir les routes de campagnes sur de longues distances avec un revêtement de chaussée souvent peu adapté, mais ça peut quand même dépanner.

 

Mais il y a surtout LA mesure, LE coup de massue !

Il fallait bien mettre une limitation de vitesse, soit. 25km/h, admettons (j’y reviens). Une amende en cas de dépassement : OK. Mais en connaissez-vous le montant, pour rouler par exemple à 26km/h, soit juste la vitesse de quelqu’un qui pique un sprint ?

« Non pas 30 messieurs dames, non pas 50, non pas 100 ! 200, vous n’y êtes pas. 500, je rigole ! 1.000, peut mieux faire. Non, messieurs dames, vous n’en croirez pas vos yeux : 1.500€, oui ! MILLE CINQ CENT EUROS !! »

Alors comment dire, les bras m’en tombent. Cela correspond à un mois de salaire pour beaucoup de gens. Un automobiliste roulant à 90km/h en centre-ville dans sa voiture d’une tonne et demi, avec une énergie cinétique environ 200 fois plus importante qu’un gars sur son engin de 12kg à 26km/h, et bien il recevrait dans ce cas une amende d’un montant environ 15 fois moins élevé !

 

Mais quel lobby auto ou pétrolier a piqué nos chers politiques ?

« Quoi ? Ce petit truc sympa qui ne coûte pas grand-chose à l'achat et quasi rien en carburant, en entretien, en assurance, en péage peut souvent remplacer nos bagnoles ou notre diesel ? Non mais ça va pas !?  Faut surtout pas que ça se sache !!

Allez finalement, les gilets jaunes ne sont pas si méchants. On veut bien les revoir un peu à la prochaine hausse du diesel. On préfère ça plutôt qu'ils délaissent leur bagnole.

Allez hop, vous leur foutez la trouille et on est tranquille encore quelques années. »

En même temps, en France, on fabrique des voitures, pas autre chose…

 

Ou même l’ont-ils trouvé tout seul ?

« Tout le monde déteste les trottinettes électriques, les sondages d’opinion sont formels. Bah oui, les reportages sur les dégâts du free-floating sont encore n°1 cette semaine sur les chaînes d’info.

Bon, ils veulent taper sur ces engins ? Ne cherchons pas plus loin, on va leur en donner, ça nous fera bien quelques points d’opinion favorable dans la musette, et pour pas un rond. »

 

Au final, ils auraient voulu faire détaler le chaland à la recherche d’une alternative crédible aux déplacements polluants surtout en milieu urbain, ils ne s’y seraient pas pris autrement.

Et puis au-delà du montant complètement délirant de l’amende pour excès de vitesse, il y a cette limitation de vitesse à 25 km/h (on entend même parler de 20 km/h et d’un bridage inviolable dans la version finale de la loi). Car voilà, pour que l’alternative à la voiture soit possible, il y a parfois un trajet un peu long à effectuer pour aller à une gare, à son travail, ou autre (10 km ou plus). Et plus le chemin est long, plus l’alternative n’est crédible que si notre engin peut aller un peu plus vite. 25 km/h, ça va bien pour de petits trajets inférieurs à 5 km ou pour une longue balade sans se soucier du temps qui passe.

 

Vous allez me dire : « oui mais un vélo électrique est limité à 25 km/h, pourquoi pas vous ? ». C’est une bonne remarque, mais reconnaissez tout de même qu’un vélo, même sans assistance électrique, peut rouler au-delà de 25 km/h en appuyant un peu fort sur les pédales avec un braquet adapté. En trottinette, même sans moteur, c’est certes beaucoup plus dur, mais pas complètement impossible non plus.

Au passage, je vous arrête tout de suite, ne me sortez pas l’argument des énormes trottinettes électriques qui vont à plus de 80 km/h : elles sont très marginales, coûtent aussi cher qu’un scooter/moto, ce n’est pas du tout le même monde, et devraient être classées avec ces mêmes engins.

Mais en écartant cette exception, le constat est que beaucoup de « modèles standards » de trottinettes électriques vendus ces dernières années peuvent atteindre 30, 35, voire 40 km/h. Cette caractéristique au-delà de 25 km/h permet justement à de nombreux usagers de franchir le pas, car permet l’alternative sur de plus longs trajets, et ainsi s’affranchir de la voiture. Et il faut aussi préciser que ces engins ont un petit moteur qui n’accélère pas fort, et la vitesse maximale est atteignable uniquement sur longue ligne droite avec une chaussée suffisamment lisse, qui ne monte surtout pas, et sans le moindre vent de face.

 

Pour autoriser une vitesse plus importante, la solution serait de créer une catégorie supplémentaire « trottinette électrique rapide » avec par exemple port du casque obligatoire et interdit aux moins de 16 ans.

Pour ceux qui peuvent opter pour le vélo électrique, pourquoi ne pas créer la catégorie équivalente « vélo électrique rapide » avec les mêmes obligations supplémentaires ?

Faut-il attendre un épisode de canicule à plus de 45°C cette fois sur Paris, où voir un nuage de pollution inédit au-dessus de la capitale, pour être un peu ambitieux et encourager vraiment les alternatives à la voiture polluante pour le plus grand nombre ? Il n’y a pas 36 solutions à disposition !

 

Si vous me dites qu’il est trop dangereux de rouler à 30 ou même 40 km/h sur une trottinette ou un vélo, tout usager expérimenté de ces moyens de transport vous dira qu’à 25 km/h, l’écart important de vitesse avec les autres véhicules en circulation engendre un danger bien plus important. Et puis par exemple à 25 km/h en ville dans une zone 30, une voiture qui vous suit voudra le plus souvent vous doubler, parfois malgré une largeur de chaussée insuffisante pour le faire en sécurité. La vitesse importante est surtout dangereuse en cas de refus de priorité pour un piéton, sur lequel la promotion d’une amende serait bénéfique, mais c’est la même chose pour les voitures, motos, scooters, qui peuvent rouler bien plus vite que cela.

Bien sûr, ce ne sera pas simple de faire adopter de telles « trottinettes électriques rapides » et « vélos électriques rapides » avec l’omniprésent principe de précaution, même si ceci peut légitimer pour beaucoup l’abandon de la voiture. Au premier accident, tout le monde voudra revenir dessus, même s’il y a, à proportions égales, autant voire davantage d’accidents avec d’autres moyens de transport. On en fait quoi du principe de précaution pour le climat jusqu’à maintenant ?

 

Pour conclure, ce n’est qu’un exemple, mais je prends le mien, pour montrer que le sujet n’est pas si subsidiaire que cela, en tout cas pas pour tout le monde. Je roule en trottinette électrique depuis plus de quatre ans et 22.000 km.

Ma voiture diesel de 2012 ne me sert plus qu’à partir en week-end ou en vacances, fini les trajets sur Paris (essentiellement en proche et moyenne banlieue). Mon kilométrage annuel s’est réduit de moitié (10.000 km), pour un total de 40.000 km en moins avec mon diesel en région parisienne sur ces quatre dernières années (je n’ai que 22.000 km en trottinette électrique mais à déplacement équivalent, c’est bien plus court : trajets "en ligne droite", pas de tours dans le quartier pour se garer, pas de détours à la pompe à essence, etc...).

Petite remarque au passage sur le coût comparatif du carburant pour effectuer à peu près les mêmes déplacements durant ces quatre années : environ 3.500€ de diesel contre 32€ d’électricité (et encore, je recharge souvent la batterie sur mon lieu de travail). Rien que cette différence de budget couvre très largement mes dépenses dans la trottinette électrique. J’ai parcouru 19.000km sur mon premier fidèle destrier acquis en avril 2015, sur lequel j’ai changé une fois la batterie (0,214 kWh puis 0,360 kWh). Puis donnant des signes de faiblesse après tant de loyaux services, j’ai acquis un nouveau destrier en novembre 2018 (batterie de 0,504 kWh) et plus de 3.000 km pour l’instant.

Les grincheux pourront toujours faire remarquer que j’en suis à ma troisième batterie, pas terrible pour l’environnement entre l’extraction du lithium et le recyclage. Soit, ce n’est pas 100% propre, mais avouez qu’une batterie totale d’à peine plus de 1 kWh pour 35.000 km (estimation lorsque ma dernière batterie sera en fin de vie) pour des déplacements au plus court (ligne droite), alors qu’une batterie de petite voiture électrique est d’environ 50 kWh, ce n’est tout de même pas si mal.

Enfin, encore une fois c’est n’est qu’un exemple, mais je précise que je n’ai jamais eu d'accident avec piéton, voiture ou autre, ne serait-ce que la moindre touchette, malgré une vitesse maximale de 32 km/h sur mon premier engin et 40 km/h sur le second. A partir de septembre, je risquerai 1.500€ d’amende en roulant à 26km/h. Et à 25km/h, ma voiture redeviendrait plus rapide pour me rendre à mon travail (11km en ligne droite).

 

Nous les possesseurs de trottinettes électriques, on ne demande pas grand-chose : juste pouvoir continuer à rouler, et pour cela, ne pas se baser uniquement sur l’exemple désastreux du free-floating parisien pour construire une loi.

N’en déplaise à la vindicte populaire, la trottinette électrique est un véritable moyen de transport, adapté à de nombreuses situations face aux diverses difficultés de déplacement actuelles et à venir, notamment quand l’usage du vélo se révèle inadapté (vol, encombrement).

Vous qui avez jeté l'opprobre sur ces engins, je ne peux pas vous en vouloir vu les dégâts du free-floating et le tapage qui s’en est suivi. Mais j'ai bien peur pour vous qu'il y en ait de plus en plus sur les routes, et dans un avenir proche encore davantage que dans vos pires cauchemars.

Cependant, tout n’est pas perdu ! Si le free-floating est sévèrement encadré, il se peut qu’un jour vous arriviez à apprécier les trottinettes électriques, et pourquoi pas vous même en adopter une, pour le plus grand bonheur de la planète, de votre emploi du temps, de votre bourse, et de votre bien-être en milieu urbain.

Retournons vers le futur !

 

Liberté, de circuler en trottinette électrique au-delà de 25 km/h.

Égalité, y compris les jours de pollution et de circulation différenciée.

Fraternité, sauf avec le free-floating !

 

Nicolas, 42 ans, habite à Montreuil, travaille à Noisy-Le-Grand

 

A partager sans modération..

Modifié par coolkiss
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Le ‎08‎/‎07‎/‎2019 à 15:57, coolkiss a dit :

Mais quel lobby auto ou pétrolier a piqué nos chers politiques ?

La réponse ci dessous!

https://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/ouganda/petrole-et-gaz-une-catastrophe-ecologique-annoncee-dans-la-region-des-grands-lacs-africains_3527025.html

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